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Le pouvoir des gros mots

24 Mar 2026 | Article audio

Je n’utilise quasiment jamais de gros mots pour des milliers de raisons, parce que ce n’est pas beau, parce que c’est inutile et contre-productif, parce que je déteste la vulgarité et sûrement à cause de mon éducation.

Et pourtant je peux les adorer et je dois reconnaitre qu’à 2 ou 3 reprises dans ma vie, ils m’ont fait un bien fou, en général dans des cas d’arnaque à l’amour eh oui parce que j’ai été arnaquée en amour… dans les grandes largeurs d’ailleurs…

Il y a une vingtaine d’années un homme assez minable m’a trahie et quand je dis trahie c’est trahie… moche… très moche, j’ose à peine en parler tellement c’est moche, je ne vous donnerai aucun détail tellement vous vous diriez : « qu’est-ce qu’elle faisait avec un homme comme ça »… erreur de jeunesse… erreur de casting…

Bref revenons-en à nos gros mots : à l’époque de cette terrible trahison je travaillais à l’international pour une société américaine, j’avais à Zurich (siège européen) ce que j’appellerais mon point fixe, Jef, qui partageait tout avec moi, les commandes, les retards de livraison, les impayés, les mécontents, les pannes, les bagages perdus… pas un jour où nous n’étions pas en contact. Une solide amitié s’est construite au fil des galères et des succès partagés. Et évidemment au moment de cette trahison je lui raconte ce qui m’arrive, les faits, la vilenie de cet homme, l’inadmissible. Après m’avoir écoutée Jef ne fait qu’un simple commentaire, ne prononce qu’un seul mot : « l’enculé » ! Je ne sais pas comment vous expliquer à quel point ce mot m’a fait du bien, je me suis sentie comprise puissance mille, j’ai eu l’impression qu’il cernait parfaitement cet homme… et… un soulagement… un immense soulagement… ce petit mot bien moche me faisait un bien fou, il tombait à point nommé.

Il y a peu un homme, disons compliqué, oui c’est ça : touchant mais compliqué… vous allez me dire « encore une trahison » … eh bien non, enfin peut-être… c’est bien là le problème !… un flou artistique… un emballement… de l’évitement… un manque de clarté… un manque de courage… une forme de lâcheté et quand je dis une forme… pas une forme… de la lâcheté tout court ! Au début pas beaucoup puis de plus en plus… le pire c’était cette absence de clarté… on peut tout comprendre quand on vous explique… mais ce flou c’est terrible. J’ai un merveilleux ami, Julien, avec qui j’entretiens une relation épistolaire. Nous nous écrivons tous les jours, parfois quelques mots, parfois plus. Évidemment, je lui explique ce qui se passe, et quand mes doutes deviennent des certitudes, il m’écrit : « je le hais » puis : « connard » et à nouveau un soulagement… une vérité… mes yeux déjà ouverts qui s’ouvrent encore plus, mon cœur qui s’allège, ma vie qui va reprendre…

Et puis Laurent, il a habité à la maison tout le dernier trimestre 2025, un bonheur ! Nous avons vite partagé nos biens et nos moins-biens et un jour rien n’allait ni pour lui ni pour moi. Lui, sa société avait décidé de se séparer de lui pour d’obscures raisons après onze ans d’une réussite incontestable, et moi, j’avais dû vivre une de ces journées qu’on ne souhaite à personne. Nous en discutions désespérés, nous demandant comment nous pourrions bien faire pour inverser le sens du destin quand dans une fulgurance Laurent me dit : « on va tous les niquer ! (OVTLN)». Et soudain tout qui s’allège devant cette évidence bien improbable, un espoir fou, une bouffée d’air, un éclat de rire… la lumière au bout du tunnel.

Il y a aussi ma douce et jolie Stéphanie qui me disait, à l’époque je travaillais pour une société américaine qui m’a à plusieurs reprises bien maltraitée, : « dis-moi qui t’embête, je vais lui péter la gueule ! ». Vous n’imaginez pas le bien que ça me faisait.

Je ne suis pas à l’aise avec les gros mots et je fais partie de ces gens qui pensent que dans 99% des cas, ce n’est pas beau dans la bouche de ceux qui les prononcent, que ça ne fait que les desservir, mais dans certains cas utilisés juste au bon moment ils sont exceptionnels, ils soignent, ils apportent de la lumière, de la force de l’espoir… vrai pas vrai, peu importe, c’est l’instant qui compte.

Merci Jef, merci Julien, merci Laurent, merci Stéphanie, merci d’exister, merci de m’écouter, merci pour vos gros mots !

Et vous comment vivez-vous les gros mots ?

Je vous embrasse, vous êtes formidables.

J’ai vu

Le gâteau du Président de Hasan Hadi

Un film d’une sensibilité folle qui vous montre toute l’absurdité d’un dictateur, Sadam Hussein, qui cultive le culte de la personnalité, toute la débrouillardise d’une petite fille à qui l’impossible est demandé.

J’ai vu mais

Stephan Eicher à l’Olympia

Tellement tendre, tellement touchant et rock et pop..
Mais il n’a pas chanté ma chanson préférée : https://www.youtube.com/watch?v=rko9vgHUUl4

Indochine à Arena Bercy

Tellement généreux, tellement ambitieux, une mise en scène lumineuse…
Mais ils n’ont pas joué ma chanson préférée : https://www.youtube.com/watch?v=CM7z42fn220

Poème

Versets terrestres de Forough Farrokhzad

Alors le soleil se refroidit

La malédiction quitta les terres

L’herbe sécha dans les plaines

Les poissons périrent dans les mers

La terre ne remplit plus ses morts

La nuit dans toutes les fenêtres pâlit

Telle une impression douteuse livrée constamment au tumulte

Les chemins abandonnèrent leurs suites dans le noir

Personne ne songea plus à l’amour

Personne ne songea plus à la conquête

Personne ne songea plus à rien

Quelle époque amère et noire

Les gens, la masse déchue des gens

Abattus, affaiblis, ahuris,

écrasés sous le poids maudit de leurs dépouilles

S’en allaient d’exil en exil

L’envie douloureuse de crime gonflée dans leurs mains

Parfois, parfois une petite étincelle silencieuse de rien

Soudainement détruisait de l’intérieur cette société silencieuse et sans vie

Et puis les gens s’affrontaient, les hommes s’égorgeaient,

Et dans des lits de sang couchaient avec des filles adolescentes

Ils étaient plongés dans leur horreur

Et le sens effrayant de leur culpabilité avait paralysé leurs esprits aveugles et tordus

Le soleil était mort

Le soleil était mort

Et personne, personne ne savait que la colombe triste qui avait fui les cœurs

S’appelait la foi

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