Hello tous,

Nous sommes en mars, il y a comme un goût d’espoir, le jour bien reposé grignote la nuit, quelques fleurs ouvrent l’œil, certains oiseaux s’essaient aux vocalises. Tout est encore très incertain, mais on sent que quelque chose se prépare, un grand spectacle. La nature s’est isolée tout l’hiver pour écrire le scénario, préparer les décors, travailler le son, bien décidée à sortir le grand jeu, avec un seul but nous éblouir. Dans quelques jours le printemps, dans quelques jours le grand show.

Et le printemps ne fait pas dans la demi-mesure, il tient plutôt d’Hollywood que du cinéma d’art et d’essai. Certes il est efficace, mais il peut déranger, agresser, et les plus fragiles d’entre nous redoutent cette saison qui remue tout au fond de soi l’intimité, le sensible, le caché. C’est cette exubérance, cette joie imposées qui bousculent quand à l’intérieur l’équilibre est instable.

Alors que tout s’éveille et se réveille autour de nous, il me vient l’idée de vous parler d’émotions, de ce qui se cache au fond de nous, de tout ce qu’on voudrait contenir de peur de paraître faible ou de ce qu’on se reproche de ne pas savoir exprimer, qui reste enfoui incapable de révéler son ressenti. Et tout particulièrement aujourd’hui de la peur et de 3 personnes qui n’ont pas écouté leurs peurs pour réaliser leurs rêves.

La peur

 

Les émotions : elles nous trahissent, elles nous submergent, elles nous embarrassent, elles nous fragilisent, elles sont positives, elles sont négatives, on voudrait les cacher, on voudrait savoir les montrer. Elles nous rendent « tout-petits » mais tellement vivants en même temps. Tout est compliqué avec les émotions, on en veut, on n’en veut pas, elles peuvent faire un bien fou, elles peuvent détruire. C’est l’amour, c’est la haine, c’est l’amitié, les tripes qui parlent oubliant le rationnel. On les ressent dans notre corps, elles brûlent, elles rougissent, elles pâlissent, elles transpirent, elles palpitent, elles pleurent.

Elles sont au nombre de 4 : la colère, la peur, la tristesse, la joie. Elles nous sont toutes utiles, elles nous préservent du danger, nous permettent d’évacuer, d’exprimer l’indicible loin du rationnel. Dans ma lettre de mars 2019, je vous ai longuement parlé de la colère, aujourd’hui place à la peur.

Dès notre plus jeune âge nous avançons en nous confrontant à la peur en l’acceptant et en la maîtrisant. Si nous n’avions pas apprivoiser la peur nous n’aurions jamais appris à marcher de peur de tomber, pris la voiture de peur d’un accident, fait du sport de peur d’une entorse, passer un examen de peur de l’échec, embrasser de peur du premier baiser. La peur est une émotion indispensable à notre survie, elle nous avertit d’un danger. Les raisons d’avoir peur sont multiples et propres à chacun : le conflit, les autres, soi, les araignées, l’eau, les tunnels… La liste peut s’étendre à l’infini.

La peur construit aussi, symboliquement elle est représentée par le père et permet à l’enfant de se détacher du lien fusionnel qu’il entretient avec sa mère.

Mais si elle est garante de notre sécurité, elle peut aussi devenir encombrante quand elle se manifeste pour tout et rien. Certaines personnes ont peur de tout, alors la paralysie s’installe.

Une fois de plus nous ne sommes pas égaux face à la peur. La peur est inscrite en nous depuis la nuit des temps de façon saine et instinctive pour préserver l’intégrité de notre corps. Puis, notre éducation dès bébé nous conditionne face à la peur, nos parents ajoutant aux peurs utiles leurs propres peurs ou au contraire se montrant très rassurants face aux différents éléments et étapes de la vie. Exemple : demander à son enfant d’envoyer un sms tous les matins à son arrivée au collège, c’est sous-entendre que le trajet maison-collège est très dangereux et aussi ne pas lui faire confiance !

Quand les peurs deviennent invalidantes, qu’elles empêchent de vivre, il faut consulter et travailler sur celle qui sous-tend toutes les autres : la peur de la mort.

Ils sont extraordinaires

 

Ils ne cessent de me surprendre, ils sont jeunes, remplis de doute et de peur et pourtant ils avancent, ils créent, ils imposent un nouveau monde, plus doux, plus respectueux. Je les admire.

Il y a Hugo, 30 ans, regard malicieux, sourire irrésistible, hésitant parfois, inquiet tout le temps mais certain que son idée est bonne : créer à Versailles une brasserie artisanale qui aura pour nom « la bière du roi », tout sera bio, éthique, écologique. Rien n’est simple. Le projet avance, recule, on lui conteste le nom de la brasserie, un procès lui donnera raison, le local idéalement placé lui échappera puis lui reviendra, les autorisations qui n’arrivent pas, les fonds qui tardent à se débloquer. Hugo aurait pu abandonner mille fois, il y a pensé, a parfois été découragé, mais ne l’a jamais fait. La brasserie va ouvrir dans quelques mois, Hugo a toujours peur mais il a décidé que ses peurs ne l’arrêteraient pas. Hors de question !

www.labiereduroi.com

Il y a Valentine, 25 ans, fine, intelligente, belle à tomber, un flair imparable, dévorée par les angoisses. Pendant ses études à Hong-Kong, dans le but d’apaiser son anxiété elle fréquente les clubs de yoga et elle y découvre le yoga-fit, un yoga dynamique, sport à part entière : on s’assouplit, on apaise son esprit mais surtout on bouge, on se muscle, on se sculpte. Elle est conquise, un projet germe dans sa tête : créer ce type de club en France, elle travaillera 3 ans sur le projet avant que le premier club n’ouvre ses portes il y a 2 mois. Un travail colossal : affiner et adapter le concept à la France, convaincre les banques, trouver un premier local, embaucher, prospecter, se faire connaître. Rien n’a été simple : défendre son projet envers et contre tout, faire face à chaque étape quand parler en public est une épreuve insurmontable. Elle a réussi grâce à sa ténacité, sa volonté mais aussi grâce à ses peurs.

www.babayogaclub.com

Il y a Aurélie, 19 ans, tellement jolie, tellement douce, tellement sensible. Très tôt elle développe un amour pour les mots, ils ont le don d’adoucir ses blessures. Dès qu’elle vibre, dès qu’elle a mal, elle écrit. Elle éprouve rapidement le besoin de partager ses mots et ses maux. A 14 ans elle crée un compte Instagram, en quelques mois elle compte 1000, 2000, 5000, 10000, 50000 abonnés : ce qu’elle écrit est beau, ce qu’elle écrit parle. A 17 ans elle édite son premier roman, à 18 un recueil de textes et à 19 son deuxième roman prend forme. Après le bac elle se dirige vers un cursus littéraire mais la faculté ne lui convient pas. Que faire quand on est si fragile, si émotive, comment réaliser son rêve : ouvrir une librairie-café littéraire à son image, intime, douce, intelligente ? Elle décide. Elle part seule à Paris faire une école de libraire, pas facile quand on est autant à fleur de peau. Le projet se construit tranquillement. Plus que jamais elle communique sur Instagram. Les grands éditeurs la repèrent : elle lit pour Albin Michel, est invitée par les Presses de la Cité pour les lancements de romans et vient d’être sélectionnée pour être jury du prix des libraires. Elle surmonte ses peurs une à une et avance envers et contre tout.

Go girls ! Go boys ! Go new generation ! Never give up ! Be unstoppable !

À méditer

 

George Steiner
Écrivain et philosophe

« Je sais très bien que je suis proche de la mort. Je n’ai pas du tout peur de la mort, la mort aussi risque d’être intéressante. »

J’ai écouté

 

Dave
Psychodrama

Le rappeur Dave a obtenu aux Brit Awards 2020 le prix du meilleur album de l’année pour son album Psychodrama.
Beau, engagé. Bravo.

Leap
N.L.T.D

Je viens de le découvrir, j’aime beaucoup, j’écoute encore et encore. 

J’ai lu

 

Aurélie Troquier
Tout ce que j’ai laissé derrière moi

Le vide, l’incompréhension, la souffrance, la solitude des premiers chagrins d’amour, l’adolescence qui souffre. Tout de ce livre doit être pris au sérieux.

J’ai vu

 

Adam
Maryam Touzani

Deux femmes qui s’apprivoisent autour du drame d’être mère célibataire au Maroc. Un film tout en délicatesse infiniment sensible.

Séjours dans les monts Fuchun
Gu Xiaogang

Esthétique, un film à contempler.

Nostalgie : Dan

 

Asa

Il y a 10 ans avec Dan, un ami américain d’un soutien sans faille, j’écoutais Asa…

Khaled Hosseini
Les cerfs-volants de Kaboul

Dan est parti bien trop tôt, je me souviens de nos fous rires qui dissolvaient toutes mes peurs, de nos lectures, de la musique qu’on partageait. Ce que j’ai aimé travailler avec lui ! Il m’accompagne toujours ! Depuis je ne rate pas un Khaled Hosseini et Asa est comme un ancrage qui caresse mon coeur.