loader image

Prends sur toi

12 Oct 2026 | Non classé

Combien de fois vous l’a-t-on dit ? de vous taire, de faire comme si, comme si rien ne s’était passé, comme si ce que vous aviez vécu ne comptait pas… en revanche ce qui comptait c’était de ne pas faire de vagues, on ne sait jamais ça pourrait faire désordre… et voilà comment on couvre la malveillance.

Je me souviens du « chut » de mes parents. Ça voulait tout dire et surtout : « c’est nous qui savons ce qui te fait mal, tes ressentis sont sans importance ».

Et il y a du « ce que les autres vont penser est plus important que ce que tu ressens » dans ces 3 mots. Et c’est grave ! Ainsi on invalide votre souffrance et on valide la maltraitance.

Bien sûr, dans certaines situations apprendre à réguler ses émotions est important, dans le cas d’une urgence, rester calme pour pouvoir aider un blessé, dans le cas d’une prise de parole en public, relativiser l’exercice…

Mais je ne parle pas de ça, je parle de ce que vous subissez et qui fait mal, de tout ce qu’on sait être inadmissible, de la petite moquerie aux violences psychologiques et physiques sous toutes leurs formes.

Alors faites-moi plaisir, ne donnez aucun crédit à la phrase « Prends sur toi ».

Ne prenez pas sur vous au risque de déplaire, parce que si vous le faites, vous vous exposez tôt ou tard à l’anxiété, la dépression, l’addiction, aux peurs insensées, aux pensées négatives, au contrôle et à l’anticipation excessifs, à l’illégitimité de ressentir et d’exister, sans compter les troubles du sommeil, l’irritabilité, les somatisations et la distance sociale.

Oubliez d’être fort, exprimez vos émotions et dénoncez les méchants.

Bien au contraire, partagez, analysez, comprenez, demandez du soutien si nécessaire. C’est indispensable qu’on puisse valider votre souffrance, de ne pas la refouler, et ainsi d’être reconnu pour l’être humain que vous êtes, celui qui mérite d’être respecté et protégé.

Ne prenez pas sur vous, prenez soin de vous.

Je vous embrasse, vous êtes unique.

J’écoute

J’ai écouté et aimé, comme toujours, la sensibilité de Mosimann

Peut-on aimer quelqu’un sans être aimer en retour ?

Evidemment, c’est même peut-être la forme d’amour la plus répandue, sentiment parfaitement réel enfermé dans une relation qui, elle, n’existe pas.

Je me souviens à 20 ans, j’avais eu un coup de foudre pour une fille qui s’appelait Prune.

Un soir, elle avait insisté pour que je la rejoigne chez-elle, avenue Mozart, juste à côté d’ici.

Je me suis retrouvé dans son lit et comme je n’avais aucune expérience, j’ai fait ce que les gens maladroits font quand ils éprouvent quelque chose de trop grand. J’ai dit la vérité, toute la vérité. Je lui ai dit que je ressentais des trucs incroyables pour elle. Alors évidemment elle s’est barrée. Elle a pris peur et moi je suis rentré à pied, jusque dans le Marais en abandonnant, avenue Mozart, mes premiers espoirs amoureux et une bonne partie de ma dignité.

Quelques semaines plus tard, Prune est sortie avec mon attaché de presse, Thibaut, qui visiblement même sentimentalement, gérait mieux ma communication que moi.

Sur le moment je n’avais pas trouvé ça drôle. Je crois que j’avais un peu honte. Pas honte d’avoir été rejeté mais honte d’avoir parlé, comme si la faute n’était pas de ne pas être aimé mais d’avoir eu la prétention de croire que je pouvais l’être.

Depuis j’ai l’impression, parfois, d’avoir signé ce soir-là une sorte de malédiction, comme si les femmes qui me plaisaient ne pourraient jamais m’aimer et que celles qui pourraient m’aimer moi, eh bien je ne les voyais pas.

Si j’avais su, franchement, je ne serais jamais allé chez Prune dès le premier soir, je lui aurais proposé un verre, je l’aurais fait galérer un peu, j’aurais joué le mec mystérieux, quand je pense qu’aujourd’hui je n’ai même plus le temps de jouer.

Il faut du temps pour rencontrer quelqu’un, du temps pour dîner, pour douter, pour se manquer. Et puis on arrive rarement seul à une rencontre, on vient avec son métier, son image, tout ce que les autres pensent déjà savoir de nous. On voudrait être rencontré pour ce que l’on est, mais on ne sait jamais vraiment quelle version de nous a été invitée.

L’amour non partagé n’appartient pas seulement aux histoires qui ne commencent jamais, il existe aussi à la fin de celles qui ont duré. Un jour l’un cesse d’aimer, l’autre continue parce que le nous ne meurt pas, il ne meurt pas toujours à la même vitesse chez les 2 personnes, et, c’est tout le château de cartes qui se casse la gueule. On ne perd pas seulement quelqu’un, on perd les habitudes, on perd l’avenir qu’on avait déjà commencé à vivre dans nos têtes, parce qu’un amour peut rester absolument vrai en nous et ne plus correspondre à aucune réalité chez l’autre.

Avec le recul je ne regrette pas d’avoir dit la vérité à Prune, je regrette seulement de l’avoir dit si vite, j’aurais dû lui laisser le temps de me désirer avant d’espérer être aimé.

Mosimann, France Inter le 30 septembre 2026

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

12 + = 20

Newsletter

En vous abonnant à ma newsletter, vous recevrez mes articles et vidéos.

Votre E-Mail ne sera communiqué à aucun tiers. Pour vous désinscrire, consultez la page RGPD et Cookies.

Vous êtes bien inscrit.e sur ma Newsletter, Merci.