Quoi de plus naturel que d’être soi, simplement réagir en fonction de ce qui nous anime, de ce qu’on ressent, se laisser guider par sa nature profonde, s’écouter, respecter son originalité, sa singularité, sa différence. Et pourtant…

Je vous reçois chaque jour, vous vous dévoilez, vous cherchez, vous dénouez, vous enquêtez pour comprendre ce qui vous a amené dans mon cabinet, ce qui explique ce mal-être méchamment présent en vous qui vous empêche d’être serein, de profiter d’une vie qui ne vous fait pas de cadeau.

Et ce qui me surprend le plus souvent c’est que vous vous excusez. Vous vous excusez d’être triste, vous vous excusez de souffrir, vous vous excusez d’être harcelé, d’avoir été violé, vous vous excusez d’être homosexuel, bisexuel, transgenre, vous vous excusez d’être en colère, d’avoir peur, d’être angoissé, déprimé, d’avoir fait les mauvais choix, de ne plus supporter votre patron, votre conjoint, vos parents. Vous vous excusez d’être différent, de ne pas être comme tout le monde, mais différent de quoi : de ne pas avoir la vie des autres ? Vous vous excusez de ne pas être comme tout le monde, mais être comme tout le monde, c’est quoi ?

Vous me dites aussi « mais moi ce n’est pas grand-chose, vous devez entendre des histoires bien plus graves que la mienne ». Vous minimisez, vous vous faites tout petit. Je suis toujours étonnée par ça parce-que pour moi il n’y a pas d’échelle, parce-que si vous êtes arrivé à moi, dans mon cabinet, c’est qu’il y a quelque chose de difficile dans votre vie et que vous avez besoin d’être aidé et soutenu, c’est ça qui est important et rien d’autre, je ne compare pas, jamais.

Et tout cela vient souvent de la culpabilité de ne pas ressembler à un modèle, ce sacro-sain modèle : papa, maman, école, études, mariage/pacs, travail, enfants, retraite, petits-enfants, etc… Ah j’oubliais : voyages ! Et si ce modèle ne vous parle pas, êtes-vous normal ? et bien oui vous êtes normal parce-que c’est aussi normal de ne pas avoir fait d’études ou de ne pas avoir envie d’enfants, ou de ne pas vivre à deux, ou de ne pas être hétérosexuel ou de ne pas aimer les voyages. Il n’y a de norme que celle que vous vous donnez.

Pour être bien dans sa vie en accord avec soi-même il est indispensable d’assumer qui on est sans se préoccuper du regard de l’autre. Voici quelques conseils :

  • Bien se connaître et décider de vivre une vie en accord avec soi, pour cette démarche l’aide d’un thérapeute peut être précieuse.
  • Décider d’oublier le comportement exemplaire dicté par la société pour trouver celui qui vous colle à la peau.
  • Choisir de vivre dans un milieu (travail, amis) qui vous ressemble où vous serez compris et accepté.
  • Se débarrasser des projets que l’on a pu avoir pour vous (notamment vos parents, mais aussi votre milieu et la société) et avoir vos propres projets à vous, devenir acteur de votre existence et agir pour vous et non pas en fonction des autres
  • Se libérer du regard de l’autre c’est apprendre à écouter ce qui vous anime à l’intérieur et rien qu’à l’intérieur et prendre conscience d’où est votre place et décider de vous y installer quoiqu’il en coûte.
  • Accepter que le chemin soit long mais poursuivre son objectif quels que soient les obstacles.

Bien-sûr il y aura des gens pour vous dire : il fo, tudoi, yaka, jamaiça, mais vous seul savez ce qui est bon pour vous, faites fi des humiliations, des conseils raisonnables, mettez-vous en route et installez-vous à votre place.

Je crois intimement qu’il faut se débarrasser des injonctions éducatives et sociétales pour se trouver.

Si vos choix sont les vôtres ce sont les bons, vous êtes unique, ne l’oubliez jamais !

Bonne route

La lettre d’un fils à sa mère

Il y a cet écrivain, Armistead Maupin, que j’aime tellement avec ses joyeuses « Chroniques de San Francisco ». A 18 ans il quitte sa ville natale et sa famille, à qui avouer son homosexualité était juste impensable, pour s’installer à San Francisco. Il y découvre l’amour, y écrit ses chroniques qui feront de lui un auteur célèbre.  Sa place était là, dans cette ville sans tabous.

Voici les mots qu’il décide un jour d’écrire à sa mère à travers le héros d’un de ses livres :

« Je sais que je ne peux pas t’expliquer ce que c’est d’être gay maman, mais je peux te dire ce que ce n’est pas. Ce n’est pas se cacher derrière les mots maman, comme la famille, les convenances ou la religion chrétienne. 

Etre gay m’a appris la tolérance, la compassion et l’humilité. M’a montré le potentiel infini de la vie. M’a fait rencontrer des gens dont la passion, la générosité et la sensibilité ont été constamment pour moi une source d’énergie. Être gay m’a fait entrer dans la grande famille humaine maman, et je m’y plais, je m’y sens bien.

Je ne vois pas grand-chose de plus à ajouter. Sauf que je reste le Michael que tu as toujours connu. La seule différence c’est qu’aujourd’hui tu me connais mieux. Je n’ai jamais fait quoi que ce soit qui puisse te blesser. Je ne le ferai jamais. Ne te sens pas obligée de répondre tout de suite. C’est déjà beaucoup pour moi de me dire que je n’ai plus besoin de mentir à ceux qui m’ont appris la valeur de la vérité.

Mary Ann t’embrasse. Tout va pour le mieux au 28 Barbary Lane.

Ton fils qui t’aime »

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