Le jardin secret n’a rien à voir avec les non-dits, avec les secrets de famille, avec la trahison mais a à voir avec la liberté, l’équilibre, l’intégrité, l’intimité de nos pensées et de nos émotions.

C’est juste quelque chose qui n’appartient qu’à vous, enfin souvent à vous et quelqu’un d’autre, quelque chose d’intime, d’infiniment précieux, c’est souvent un quelque chose hors normes, hors des sentiers battus, un peu loin des conventions mais délicieux, un quelque chose qui vous fait du bien, un quelque chose qui pourrait ne pas être compris, jugé aussi, alors mieux vaut le garder pour soi.

J’ai compris tôt l’importance de ne pas tout dire :

J’avais 17 ans, je faisais une confiance sans bornes à ma mère, pensant pouvoir me confier à elle sans restriction, mais je me trompais tellement. Sans arrière-pensée elle m’a trahi, pour mon bien a-t-elle pensé elle m’a trahi. Mais ce n’était pas pour mon bien, c’était pour le sien, le sien et celui de son mari, pour leur confort, pour les convenances. J’ai eu tellement mal ! Tellement qu’aujourd’hui encore je suis incapable d’en parler, de verbaliser ce qui s’est passé.

« Si, quand même mon psy sait. »

Quelques années plus tard dans son cabinet, un endroit rien qu’à moi j’ai pu reprendre mon souffle, réapprendre à respirer, arrêter de me noyer et j’y ai compris une chose : l’importance de ne pas tout dire. Et j’ai décidé envers et contre tout de continuer à vivre fort et de ne confier mon vivre-fort qu’à qui pouvait l’entendre, qu’à qui pouvait le comprendre. Je me suis donnée ainsi toutes les autorisations du monde avec mes limites à moi en ne permettant pas à qui ne pouvait pas comprendre de me juger.

Et des jardins secrets j’en ai beaucoup, ils me sont indispensables pour être libre et vivante, je garde en moi mon inavouable.

Personne ne connaît toute ma vie. J’ai de nombreux amis, ils sont indispensables à ma survie, je refais le monde avec eux, j’aborde les sujets les plus futiles et les plus profonds qui soient, mais aucun d’eux ne connaît toute ma vie. Chacun en connaît un morceau, chacun selon sa personnalité, selon son oreille, ses valeurs. Je ne partage qu’avec qui peut comprendre les évènements de mes multiples vies.

Avoir son jardin secret c’est se donner des permissions, celle de transgresser, de faire loin des conventions, des qu’en dira-t-on, c’est préserver son essence profonde, se préserver des jugements, des mauvaises langues, des tabous, des donneurs de leçons, du bien sous tous rapports. La permission d’être en accord avec soi-même et ça personne ne doit vous en empêcher.

Avoir son jardin secret c’est avoir un refuge où l’on peut mettre à l’abri un fantasme fou, un rêve inavouable, une faiblesse honteuse, un vécu interdit beau et doux, une blessure.

Avoir son jardin secret c’est garder son espace de liberté et ni l’amour ni l’amitié ne doivent-être des prisons.

Avoir un jardin secret c’est décider de faire les choses pour soi, à son rythme, sans pression, sans limite, sans interférence, c’est aussi s’accorder le droit à l’échec sans être jugé.

Accordez-vous votre jardin secret sans culpabilité, votre vie vous appartient. Et accordez à l’autre son jardin secret sans méfiance et sans jalousie. C’est important de ne pas tout savoir de l’autre pour pouvoir être surpris encore et encore, être ému encore et encore.

Sans transition 

Petit partage sans rapport avec le sujet, mais je ne peux y résister :

« Ils n’avaient pas compris. Ils n’avaient pas osé. Ils étaient empêtrés chacun dans leur éducation, leurs inhibitions, ils ne savaient pas. Ils ignoraient que la vie prend le dessus sur les rencontres et sur l’amour, que de fil en aiguille on est emporté malgré soi vers un destin qu’on ne maîtrise pas, que l’on prend des bifurcations comme des portes qui nous mènent vers des couloirs de dix ans, de vingt ans, de trente ans, qu’on épouse souvent la personne qu’on aime pas, qu’on laisse passer l’amour de sa vie, par délicatesse, par malchance ou par inadvertance, qu’on ne fait pas nos enfants avec ceux que nous aimons et que nos enfants sont ensuite la raison pour laquelle on reste avec eux, et la raison aussi pour laquelle on finit par se séparer. » Extrait de Nos rendez-vous d’Eliette Abecassis.

Souriez, on est en février 

Le mois de la déprime

Saine occupation 

Claire Bretecher nous a quitté, elle va nous manquer. Et si vous lisiez ou relisiez Les Frustrés.