Un mec bien

Il y a bien longtemps que je pense à écrire un article sur les hommes.

Sans jamais oser pour être franche.

Me disant mais que les femmes vont-elles en penser ?

Je suis une féministe inconditionnelle, me suis battue comme une lionne pour être là où je suis aujourd’hui, pour avoir le droit de faire mes choix à moi.

Mais… mais j’admire les hommes d’aujourd’hui, j’ai le sentiment non pas de bien les connaître mais de ressentir ce qu’ils ressentent. J’ai toujours vécu tout près d’eux, j’ai perdu ma mère jeune, j’ai 2 frères, 2 fils, pas de sœur, pas de fille, école d’ingénieur : que des garçons…

Et à vrai dire ce petit quelque chose qu’ils ont et que je n’ai pas ne m’a jamais semblé être une grande différence.

J’ai fait les mêmes jeux que mes frères, les mêmes études que mes copains et le même métier qu’eux.

Et puis aujourd’hui il y a eu Mathieu, grand, fort, bel homme, il pourrait sembler indestructible et pourtant si doux, si sensible. Il m’a parlé de son histoire, de la séparation qu’il a subie, de ses enfants dont il est privé emmenés à des centaines de kilomètres de lui, empêchés de lui téléphoner, et lui résigné mais digne.

Et Jean, j’ai l’impression de le connaître depuis toujours, généreux, attentionné, drôle. Sa première compagne le quitte, s’appropriant leur fils en ayant le culot de l’accuser de pédophilie, elle avait déjà accusé les 2 nounous, les grands parents d’attouchements !!! Puis une autre femme, belle, un enfant de l’âge de son fils, il tombe amoureux, donne sans compter, pardonne les sautes d’humeur de cette femme jamais assez gâtée, jamais assez choyée, aime sans retour, sans reconnaissance, passe sur les reproches et les menaces, puis un jour elle le quitte pour un autre, elle n’a pas l’audace de l’accuser de pédophilie, il s’est occupé de son fils comme si c’était le sien mais celle de compter sur sa générosité financière. Il en ressort humilié, le sentiment d’avoir été pris pour un portefeuille et un homme à tout faire, rien de plus.

Et aussi Antoine, charmant, charmeur, tendre, gentil comme personne, 40 ans, une longue relation amoureuse, ils se sont beaucoup aimés, puis moins, elle lui refuse toute relation sexuelle pendant 2 ans. Ils se séparent, restent bons amis. Il a envie d’aimer, d’être aimé, de donner et de recevoir, il s’inscrit sur un site de rencontre, il s’y sent tout petit, les femmes largement minoritaires en nombre y font la pluie et le beau temps.

Alors, je décide d’écrire cet article pour eux, pour mes frères, pour mes fils, pour mes patients, des mecs bien.

Parce-que souvent je les sens perdus, emberlificotés, bien-sûr ils sont timides, hésitants, sensibles, inquiets et aussi lumineux, forts parfois, doux, tendres, drôles et tellement intelligents, tout ce que j’aime…

Mais ces hommes bien, si proches de moi j’ai l’impression qu’ils sont perdus, ils ne savent plus. Je crois qu’ils reçoivent des signaux contradictoires :

  • être fort et savoir s’affirmer mais rester doux et compréhensif
  • avoir de l’autorité auprès des enfants tout en étant un papa poule
  • deviner, avant de déclarer sa flamme à une potentielle amoureuse, si elle dira oui au risque de se faire passer pour un em…r.
  • Accepter de n’avoir les enfants qu’un week-end sur 2 quand ils se sont investis sans compter dans les soins quotidiens et l’éducation
  • De passer pour une mauviette en cas de panne sexuelle, pour trop demandeur lorsque son désir est plus important que sa compagne

Pour s’adapter, l’homme tant bien que mal se féminise jusqu’au jour où il s’entend dire par sa compagne : « j’ai besoin d’un homme ! ». La femme demande à l’homme de deviner, deviner, deviner… Evidemment il y a des ratés !!!

Les femmes n’auront bientôt plus besoin d’eux pour faire des enfants, elles sont en passe de gagner plus d’argent que les hommes. Et c’est bien. Mais l’homme ne sait plus où il est. On constate d’ailleurs aujourd’hui que les garçons désinvestissent l’école, ils ont l’impression d’être le sexe faible, les filles, mûres plus tôt, ayant de meilleurs résultats. À la maison, l’homme s’investit, tâches ménagères, enfants, en s’adaptant à la façon de faire de sa compagne, conscient qu’en cas de rupture il sera le parent pauvre, attendu sur la pension alimentaire plutôt que sur la garde des enfants et l’éducation.

 

Je reçois beaucoup de ces hommes à mon cabinet :

  • Déstabilisés tant ils ont besoin d’amour, d’être reconnus par leur conjointe, de l’entendre, tant ils font attention à leurs compagnes par des mots, des attentions, des cadeaux.
  • Déstabilisés quand ils sont seuls ne sachant comment aborder une fille, peur du râteau bien-sûr, peur de passer pour un harceleur sans compter leur désarroi quand sur les sites de rencontre ils sont à peine regardés.
  • Honteux de ne pouvoir se passer d’elles.
  • Perdus à l’idée que maintenant les femmes n’auront plus besoin d’eux pour faire des enfants.

 

Beaucoup d’entre eux après avoir tout essayé pour répondre à l’image de l’homme moderne décident de se retirer dans leur bulle, las de recevoir des signaux contradictoires.

Que faire ?

Je suis intimement persuadée qu’un nouvel équilibre va se mettre en place dans les générations à venir. Les parents vont devoir revoir leurs réflexes d’éducation installés dans l’inconscient depuis des siècles, et ce n’est pas un mince travail. Les garçons et les filles vont devoir se réapprivoiser, prendre conscience que leurs cœurs sont semblables, que leurs besoins sont identiques : amour, écoute, reconnaissance, respect. Chacun va devoir se transformer pour trouver complicité et confiance, ne pas accuser l’autre, ne jamais dénigrer, accepter la différence. La frontière entre le masculin et le féminin va devenir de plus en plus ténue, il n’y aura plus de métiers ou de tâches réservés à un sexe, il y aura juste la magie de l’amour qui liera un être à un autre et je crois de plus en plus d’amitiés mixtes.  Mais il va falloir du temps, un temps pour régler ses comptes… En attendant les hommes n’ont d’autres choix que de composer.